Témoignage d’un père

Environ deux ans avant d’apprendre qu’il était homosexuel, nous avons commencé à sentir que notre fils Guillaume s’éloignait doucement de la famille. Dans le désir de l’aider, nous avons essayé à diverses reprises de nous rapprocher de lui. En vain. Ce que nous pensions n’être qu’un écart typique dans la communication parents-adolescent semblait échapper à notre contrôle. Nous savions qu’il était malheureux et nous nous sentions frustrés de ne pouvoir lui venir en aide. Il ne nous est jamais venu à l’esprit que l’homosexualité et notre aveuglement pouvaient être liés à ce problème.
Quand il nous l’a dit, nous étions persuadés que notre fils s’était laissé embarquer dans un groupe de militants homosexuels et qu’il manquait de maturité pour savoir ce qu’il voulait vraiment. J’étais furieux que cette catastrophe soit tombée sur notre foyer; j’étais sûr que ça allait ruiner nos vies. J’ai toujours pensé que nous étions de bons parents, que nous ne méritions pas cela. Ma colère contre Guillaume était rarement exprimée, mais intérieurement j’encaissais.
Je me souviens d’un matin où mon fils préparait le petit déjeuner près de la cuisinière, alors que je lisais le journal assis à table. Je le regardais et j’avais envie de dire : «Je ne sais pas qui vous êtes, mais je souhaite que vous partiez et qu’on me ramène mon fils, le vrai Guillaume.» Je pensais être la source du problème. Je me sentais trop honteux et coupable pour pouvoir partager ça avec qui que ce soit. Puis un jour, ma femme m’a dit: «Je ne pense pas qu’il soit raisonnable de prendre toute la faute sur toi; tu as élevé deux fils, l’un est gay, l’autre hétéro; il doit y avoir d’autres facteurs là-dedans.»
Par la suite, ma femme et moi avons mieux compris les besoins de notre fils et ce qu’il avait traversé. J’ai souvent pensé à ce qui est arrivé depuis; je m’en souviens comme d’un voyage imprévu. Nous aurions préféré avoir à faire face à des difficultés qui ne soient pas de cette nature. Aujourd’hui nous pouvons dire : «Nous sommes heureux de savoir.» Nous avons été capables de soutenir notre fils au cours de son itinéraire. Notre espoir est que de son côté, il puisse dire : «Pour mes parents, ce n’était pas prévu, mais ça n’a pas été mal accueilli.»