
Tranches de Vie
| Stéphane Stéphane a 29 ans, il a fait ses études à lEPFL en informatique. Il est séropositif depuis 7 ans. |
Jai limpression que jai du faire deux coming out dans ma vie. Le premier concernant mon homosexualité et le deuxième étant mon statut sérologique. A lâge de 12 ans, jai réalisé que jétais gay. Javais trouvé des images dhommes et de femmes nus dans des ouvrages déducation sexuelle et pour parler crûment jai constaté que seule la vue dun homme nu me faisait bander. Un jour, jai entendu mes parents discuter entre eux : ils parlaient dhommes qui couchaient avec dautres hommes. Ils disaient que cétait la chose la plus dégradante quun être humain pouvait faire. Jai donc passé toute mon adolescence avec une sorte de dégoût de moi-même, devenant pour les autres quelquun dasexué en quelque sorte. Je me suis senti très seul durant toute cette période, je navais aucune estime pour moi-même et jai donc créé ce personnage qui plaisait à tout le monde. Je suis devenu un garçon «sage» et studieux qui ne faisait pas dhistoire. Jai commencé à contacter le milieu grâce au Videotex, et cest par ce moyen que jai eu ma première relation. Celle-ci fut découverte par ma mère par accident, elle avait lu ma correspondance à mon insu. Mon père en a alors été informé. Ceci a été lun des moments les plus pénibles de mon existence. Ils mont dit que ce que jétais était pire que tout. Cela ma fait très mal, mais au fond de moi-même je savais que jétais gay et que rien nallait le changer, même si à ce moment-là je le désirais de toutes mes forces. A 22 ans, je suis allé à Londres, et là-bas jai rencontré un garçon dont je suis immédiatement tombé amoureux. Je voyais en lui une force de caractère qui me manquait. Il ma appris quêtre gay nétait pas quelque chose de mauvais. Nous avons développé une relation très passionnée, cétait une relation de possession mutuelle, peut-être pas une relation damour et de respect. Nous avons un peu parlé du problème du sida, et avons décidé dabandonner les pratiques «safe». Je voyais cela comme une façon de souder la relation, que si nous partagions cela, nous allions être ensemble pour toujours. Je savais pourtant quil avait eu une vie sexuelle mouvementée et comportant des risques. Aussi lorsque jai appris que jétais seropositif, cela na pas tant été une surprise. Cétait un peu comme si je lavais cherché. Tout cela parce que je navais pas assez de respect pour moi-même. Jétais prêt à faire nimporte quoi pour rester avec lui, javais limpression de navoir aucune valeur sans lui. La relation sest terminée deux ans plus tard, jétais positif et seul... |
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Après cette séparation, deux ans se sont écoulés, durant lesquels je nai fait quattendre que la maladie apparaisse, la désirant même. A cette époque, il métait très difficile davoir des perspectives davenir, doser penser à avoir une nouvelle relation. Jai tenté de contacter une organisation pour les personnes séropositives, mais je ny ai pas trouvé ce que jy cherchais. Je sentais que mon homosexualité nétait pas bien acceptée, donc je nai pas persévéré. Ensuite, jai été envoyé à Los Angeles, en Californie, dans le cadre de mon travail. Je savais que la communauté gay y était très bien organisée. Jai appris lexistence dune organisation non religieuse, entièrement composée de bénévoles, qui organisait des week-ends déducation sur le virus. Jai donc participé à un de ces week-ends et je dois dire que ce séminaire a probablement changé le cours de mon existence. Je me suis retrouvé avec une centaine dautres personnes, hommes, femmes, gays, lesbiennes, hétéros... tous porteurs du virus. Et savoir que je nétais plus seul ma permis de reprendre les rennes de ma vie. Après deux ans à Los Angeles, je suis revenu en Suisse. Cest peut-être la première fois dans ma vie où je me sens assez fort pour être moi-même. Je ne cache pas mon virus à mes amants. Ce virus fait partie de moi, pourquoi le cacherais-je ? Les raisons pour lesquelles je suis revenu ici, nétaient pas uniquement le mal du pays, mais javais également envie de faire quelque chose pour quen Suisse on arrive à avoir des structures similaires à celles que javais vues, pour que les personnes homosexuelles, hiv+ ou hiv naient plus peur de dire qui elles sont. Jai envie de partager mon enthousiasme pour la vie. Une vie riche parce quentière, sans peur daffirmer qui on est et ce quon pense, même si cela ne plaît pas toujours à tout le monde. Avant ces deux actes de coming out, je nétais pas vraiment une personne. Jétais incapable davoir une opinion sur les choses, de prendre des décisions... Ce nest plus le cas. Le fait davoir pu sortir de mon isolement ma vraiment permis de commencer à vivre MA vie. Les choses se sont nettement améliorées avec mes parents, mais il reste quand même une barrière invisible qui nous sépare, je garde toujours limpression quils me désapprouvent. |