
Tranches de Vie
Sandrine
Sandrine a 30 ans, elle est éducatrice et habite la
région lausannoise.

A lorigine, je suis de Lausanne, mais jai habité à de multiples endroits. Lorsque jétais enfant, je fréquentais peu les groupes de filles ou de garçons. En général, jétais toujours avec mon ou ma meilleur(e) ami(e). Déja à 9 ans, je trouvais quêtre une femme nétait visiblement pas un avantage. Aucune des femmes que jai connues dans mon enfance noffrait une image valorisante de la femme. Je voulais être reconnue par mon père, alors jai décidé très tôt dêtre un garçon. Jai dabord mis un short sous ma jupe, puis jai enlevé ma jupe. Lorsque jétais ado, je mentendais très bien avec les mecs, mais les filles et leur monde métaient plutôt étrangers. Les garçons ne comprenaient pas pourquoi je ne me laissais pas draguer, et les filles étaient jalouses de mes relations damitié avec eux. Par la suite, je suis tombée amoureuse des hommes... |
Javais 22 ans la première fois que jai flashé sur une fille. Elle était plutôt androgyne, un mystérieux mélange de force et de finesse. Il ne sest pourtant rien passé. Le milieu homo ne ma pas plu. Javais le sentiment que les filles étaient mal dans leur peau. Il sest passé encore 5 ans avant que je tombe amoureuse dune femme bien plus âgée que moi. La découverte physique de lhomosexualité, la rencontre avec une autre femme qui éprouvait la même chose que moi. Cétait une année extraordinaire, mais je matais aussi sans arrêt les mecs... Je ne savais vraiment plus ou jen étais : homo ? hétéro ? bi ? quoi encore ? Je regardais tout le monde dans la rue pour essayer de découvrir ma véritable sensibilité érotique. Je me sentais lesbienne dans mon identité, ou disons plutôt androgyne, mais côté sexe, les mecs me plaisaient autant que les nanas... |
Un coming out dans ces conditions, ce nétait pas très simple, dautant que tout le monde me connaissait depuis des années comme hétéro. Jen ai parlé à ma mère lorsque jai quitté mon amie, parce que je ne supportais plus la douleur et lisolement. Puis jai directement rejoint Lilith pour faire connaissance avec des femmes dune sensibilité proche de la mienne. Petit à petit, je lai dit autour de moi, lair de rien, et presque partout aujourdhui. Ce quil y a de difficile avec ma bisexualité, cest que si moi je sais où jen suis ce qui nest déjà pas si simple les autres en revanche ont bien de la peine à me comprendre. La bisexualité fascine et effraie en même temps. Les hétéros auraient tendance à considérer mon identité comme passagère et les homos peuvent penser que je nose pas maffirmer comme lesbienne. Et puis, il nexiste pas de communauté bi. Nous sommes parmi les «autres», mais je ne sais pas où. |