Comment mes parents vont-ils réagir ?

Le sentiment des parents est souvent celui de perdre la personne qu’ils croyaient que vous étiez. Vous pouvez les aider à faire le deuil de leurs illusions pour qu’ils parviennent à vous aimer comme vous êtes.  
  Face à l’homosexualité de leur enfant, les parents traversent souvent divers états d’âme, qui jalonnent l’itinéraire d’acceptation. Ces états sont souvent imbriqués, parfois franchis en ordre différent, parfois escamotés. Certains parents les traversent en quelques mois, d’autres en plusieurs années. Il peut même arriver qu’ils régressent au lieu d’avancer. Chaque famille est unique, il n’y a pas de progression absolue pour tout le monde. En sachant anticiper et en répondant avec calme et compréhension, vous serez d’un grand soutien pour vos parents.

Le choc
Le choc est une réaction naturelle que nous vivons tous pour supporter un stress brutal. Si vous pensez que vos parents ne se doutent pas de ce dont vous allez leur faire part, vous pouvez vous attendre à ce que cela leur fasse un choc dans les premiers temps. Ça peut durer de quelques minutes à quelques jours. Si d’aventure un de vos parents s’en est déjà douté, il pourrait déjà avoir vécu et dépassé le choc sans avoir osé vous en faire part. Dans ces circonstances, votre tâche sera peut-être facilitée. Mais il se peut aussi que le parent se soit bloqué dans un refus de cette hypothèse, auquel cas vous aurez de la peine à l’en sortir. Dans tous les cas, affirmez-leur votre amour sans réserve ni exagération. Rappelez-leur surtout que vous êtes la même personne aujourd’hui que celle que vous étiez hier, que vous avez simplement découvert quelque chose de plus sur vous-même.

La perte
La plupart des parents pensent qu’ils comprennent leurs enfants depuis leur naissance. Lors du coming out de leur enfant, ils perdent cette perception première et ne savent pas encore s’ils vont parvenir à aimer la personne qu’ils découvrent. Ils ressentent cette séparation – que vous connaissez probablement depuis des années – pour la première fois. Avec de la compréhension et de la patience de part et d’autre, votre relation peut être restaurée. Dans la plupart des cas, elle s’améliore dès l’instant qu’elle se base sur l’indulgence et l’honnêteté de part et d’autre.

Le déni
Le déni est un mécanisme de défense pour se protéger d’un message menaçant ou douloureux. Il est différent du choc parce qu’il indique que la personne a entendu le message. Cela prend des formes différentes : la colère, le refus d’intégrer, la négligence («je ne veux pas le savoir») ou le rejet («tu te trompes»). L’expression du déni peut aller de la déclaration sereine du rejet jusqu’aux pleurs et aux cris. La plupart des parents se situent entre les deux.

Si leur refus se maintient, vous devez prendre des initiatives et procéder avec douceur et prudence. Il ne faut pas leur en dire plus qu’ils ne peuvent en recevoir. Des informations trop spontanées sur vos expériences pourraient les rendre encore plus farouches et consolider leurs barrières. Attendez qu’ils vous interrogent, et contentez-vous de leur répondre, d’autres questions leur viendront plus tard. Il se peut qu’un de vos parents mûrisse plus lentement que l’autre. Il se peut aussi que des problèmes dans leur propre relation montent à la surface suite à votre révélation. Les parents qui évoluent à des rythmes différents peuvent traverser des périodes de tension. Soyez donc prêt à affronter cette éventualité.
La culpabilité
La plupart des gens perçoivent l’homosexualité comme un «problème» et en cherchent l’origine. Ils supposent que le traitement n’est pas loin, dès lors qu’ils peuvent mettre le doigt sur une cause. Pour les parents, la question est introspective : ils prennent souvent la «faute» sur eux, se convainquent d’avoir fait une erreur, réexaminent leur rôle de modèle masculin/féminin.
Quand les parents se sentent coupables, ils sont égocentriques : ils ne s’estiment pas concernés par ce que vous avez traversé, ils sont trop occupés par leurs propres sentiments pour s’intéresser à ce qui vous touche. Parce qu’ils sont vos parents, il est possible qu’ils refusent d’admettre leur sentiment de culpabilité. Ce n’est pas une position facile à assumer pour un parent.

Vous pouvez les aider de plusieurs façons. Expliquez-leur qu’ils n’y sont pour rien, que l’origine de l’homosexualité n’est pas réellement connue, que la cause n’en est peut-être pas aussi simple qu’ils le pensent. Dites-leur surtout que de toute manière la culpabilité ne mène à rien... Des références bibliographiques et scientifiques ne seront peut-être pas inutiles...

Le dialogue
Les parents peuvent dépasser leur culpabilité et s’ouvrir au dialogue. Ils peuvent en venir à vous interroger, écouter vos réponses et reconnaître leurs sentiments. Laissez-leur le temps de s’exprimer. Ne laissez pas vos besoins oppresser les leurs. Il s’agit parfois de sentiments de souffrance, de crainte ou de colère. Vous devrez être suffisamment solide pour les accepter tout en travaillant à les faire évoluer. Mieux vaut que les parents les expriment plutôt qu’ils nient ce qu’ils ressentent. Vous pouvez être tenté(e) d’abandonner, en regrettant votre démarche initiale : n’en faites rien cependant, vous avez dépassé le point de non-retour.
La prise de position
Lorsque le traumatisme émotionnel diminue, les parents commencent à gérer la situation d’une manière plus rationnelle. Ils examinent les différentes options qui s’offrent à eux et évoluent vers une prise de position. Ils ne choisissent pas nécessairement la même voie. Leur sensibilité, leur éducation et leurs conceptions sociales, religieuses ou politiques influencent sans aucun doute leur choix. Leurs options vont du soutien à la guérilla familiale une attitude réserve. Dans ce dernier cas, les parents ont atteint leurs limites : ils sont fragilisés par la situation même s’ils parviennent à en parler. Ils ont fait certains progrès, mais ils désirent en rester là. Bien que cette situation puisse vous être inconfortable, soyez-leur reconnaissant des progrès accomplis : cela les aidera peut-être à faire quelques pas supplémentaires...

L’intégration
Tous les parents n’y arrivent pas. La plupart parviennent à accepter leur enfant sans complètement parvenir à le comprendre. Certains cependant arrivent à en être fiers, à célébrer sa différence et à reconnaître l’homosexualité comme une particularité légitime de la sexualité humaine. Plutôt que de vouloir changer l’orientation sexuelle de leur enfant, ils souhaitent alors que la société se montre plus compréhensive pour permettre à leur enfant de vivre tel qu’il est, sans rejet ni angoisse. A ce stade, on peut dire que la relation parentale est pleinement rétablie.