Pourquoi est-on lesbienne?

L’opinion de la médecine, qui n’a jamais été unanime de toute façon, a beaucoup varié au cours des découvertes, selon que Freud était à la mode ou que l’on s’intéressait plutôt à la génétique. Certaines lesbiennes préfèrent penser qu’elles ont une différence de nature physique avec les hétérosexuelles, un chromosome par exemple ou des hormones qui sont la cause d’une attirance pour les femmes, et pas pour les hommes. Un peu comme on a les yeux noirs ou bleus, sans rien pouvoir y faire. D’autres pensent que c’est plutôt par leur éducation, leur rapport à leurs parents, que cette attirance a été conditionnée. D’autres encore, s’en moquent complètement et ne voient vraiment pas pourquoi il faudrait chercher des causes, des justifications en fait, et se définir par rapport à une norme hétérosexuelle.

Est-ce particulièrement difficile d’être jeune et lesbienne?

Les jeunes dépendent le plus souvent financièrement et affectivement de leur famille. Or, l’un des rôles de la famille est justement de vous inciter à reproduire son modèle. Les parents (grands-parents, etc.) sont animés d’un désir sincère de voir leur enfant réussir sa vie, mais ils ne conçoivent souvent cette réussite que dans des normes réglementaires. Ils attendent en particulier d’une fille qu’elle leur fasse des petits-enfants.

Rares sont les parents capables de respecter vraiment la personnalité de leur enfant et ses choix propres. Alors il vaut mieux être prudente et éviter de se confier si l’on n’est pas sûre de pouvoir résister aux pressions qui seront inévitablement exercées pour vous remettre dans le «droit chemin». Tout dire à ses parents n’est pas obligatoire – même s’ils se doutent de quelque chose, mais votre secret vis-à-vis d’eux n’améliorera pas votre relation et aura plutôt tendance à créer un malaise. Alors fiez-vous à votre intuition...

«La première personne à qui j’ai parlé de mon homosexualité était ma meilleure amie. Se sentant responsable, coupable, elle a mal réagi. Les amies proches auxquelles je l’ai ensuite dit ont par contre eu une réaction indifférente, voire positive. J’ai mis plus de temps à en parler à ma sœur. D’ailleurs, le reste de ma famille ne le sait pas (encore).»
Cathy, 32 ans
 
  «Je n’en ai pas parlé tout de suite, mais la rumeur a agi pour moi. Au début, j’ai nié. Puis j’en ai quand même parlé à mes amis les plus proches, car j’en avais marre de me cacher. Ma mère a deviné, ça s’est très mal passé. Il en a été de même avec ma sœur. Mon père l’a appris bien plus tard.»
Ariane, 24 ans
«Ma famille l’a tout de suite su car mon père m’a surprise en pleine action ! Passé le moment de surprise, cela a été très bien accepté. En général, je ne le dis que si on me le demande. Au travail tout le monde le sait mais on n’en parle pas. Je ne vois pas les réactions négatives des autres. Pour moi, si une relation doit s’arrêter à cause de mon homosexualité, ce n’est pas grave. Mais je n’ai jamais eu d’amitié brisée.»
Tina, 36 ans
 

Un autre problème important des jeunes femmes est qu’elles ne savent pas encore où rencontrer d’autres lesbiennes. En général, la presse parle souvent des lieux destinés aux gays et ne mentionne que rarement les lesbiennes. Le mouvement des femmes, où les lesbiennes ont toujours été nombreuses, les librairies de femmes, les Centres Femmes sont en général une bonne façon de rencontrer ses consœurs, si l’on n’a pas envie de fréquenter les boîtes de nuit ou de répondre à une petite annonce. Il ne faut pas hésiter non plus à s’adresser aux associations de lutte contre le sida, où il y aura sûrement quelqu’un pour vous donner des adresses concernant les lesbiennes.
«J’avais l’impression d’être la seule à être homosexuelle. Je ne connaissais pas le milieu et ne savais pas où aller chercher.»
Tina, 36 ans
 
  «Pour moi, le terme de lesbienne n’est pas péjoratif. Pour me définir, j’utilise indifféremment ’lesbienne’ ou ’homosexuelle’, ou je dis que je vis avec une femme. Un autre moyen de m’affirmer est de dire que je fais partie d’une association de femmes homosexuelles, ce qui implique que je le suis.»
Sylvie, 22 ans

Quand on s’interroge sur sa sexualité, ses désirs et son avenir, il n’est pas inutile de se plonger dans les livres. Les bibliothèques publiques ont toujours un ou deux livres sur la question, pas toujours les meilleurs. Il faut aussi savoir qu’il existe des journaux faits par et pour les lesbiennes : le français ‘Lesbia Magazine’, l’américain ‘Curve’, ainsi que bien d’autres.