Tranches de Vie

Patrice

Patrice a passé son enfance et son adolescence dans un petit village près de Lausanne, il a
aujourd’hui 28 ans, il a étudié à l’Université de Lausanne.


C’est venu d’une façon diffuse, j’ai été complètement bloqué, fermé, sur toute la sexualité pendant longtemps. Le révélateur a été une revue porno trouvée dans les bois... Je me suis rendu compte que je regardais plus les mecs que les filles. Je me suis dit : «Pourquoi moi ? Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait pour que ça m’arrive à moi ?» Le temps a passé. Vers 17 ans, je suis tombé fou amoureux d’un de mes copains de classe. Ce copain était très ouvert, mais pas pédé. C’est à lui que j’ai avoué en premier. J’étais tellement bloqué pour lui dire que j’ai dû lui écrire. Pendant une année, on est resté amis, on était toujours ensemble, j’ai eu de la chance de pas tomber sur un mufle. J’ai séparé le sexe et l’amour, j’allais niquer au parc de temps en temps parce que j’en avais besoin, et je restais amoureux de mes copains de classe.

A cette période, j’étais immensément malheureux. Un jour, je suis rentré chez moi et j’ai beaucoup bu. Mes parents, voyant que ça allait pas, m’ont soumis pendant trois jours au feu des questions. Ils imaginaient des choses horribles, drogues, etc. J’étais vraiment sous pression et j’ai décidé de partir de chez moi car je pouvais vraiment pas leur dire. L’après-midi même de ma fugue, je suis tombé sur ma mère en ville avec une amie à elle ! L’amie m’a convaincu d’aller chez elle et le soir je lui ai tout raconté, à elle et à son mari. J’ai dit que j’étais pédé, point. «Vraiment, es-tu sûr ?» Ils étaient choqués : «Que va-t-on dire à tes parents ?» Le soir, on a convoqué mes parents. On était les cinq autour de la table, je me rappelle très bien. Mon père a dit: «Qu’est-ce qu’il y a ?» – «Je suis pédé.» Mon père a hurlé, il disait: «Tu fais ça pour de l’argent !» Pour lui, aucune autre raison que la prostitution ne pouvait légitimer une telle conduite ! Ma marraine et son mari ont bien sûr fait les modérateurs, et finalement mon père a dit : «De toute façon tu peux rentrer, on t’a jamais jeté de la maison.» Je suis rentré, et ils ont dit : «Bon, mais tu dois aller voir un médecin», et je suis allé, et le psy a dit : «C’est vos parents qui ont des problèmes, et c’est eux qui devraient aller voir un psy familial.»

Après, ça s’est progressivement calmé, on avait de longues conversations de temps en temps. Quand mon copain appelait à la maison, les parents répondaient sèchement. J’ai fait un jour une fête à la maison, et j’ai dit à mes parents : «Est-ce qu’il peut venir ?» Ils ne m’ont pas répondu, et j’ai demandé deux jours après à mon père, et il a dit : «On n’a jamais jeté personne de cette maison, il peut venir.» Mon copain est venu avec un bouquet de fleurs pour ma mère, elle l’a accepté avec un air pincé. Au bout de quelques fois, mon père l’a invité à venir boire un verre, et ils ont discuté de moi. Les parents n’imaginent pas que ça puisse arriver. Pour eux c’est une surprise, une déception. Mais mon père est agriculteur, il regarde la nature, et ça s’y passe aussi. Un jour, il m’a dit : «La vie sera suffisamment dure avec toi, les gens te mettront déjà assez de bâtons dans les roues pour qu’on ne fasse pas partie de ces gens-là.» Finalement je suis assez content de la façon dont ils ont réagi.