Tranches de Vie

Corine
Corine a 20 ans, elle est étudiante à Lausanne.

  Depuis toute petite, je suis ce que l’on appelle «un garçon manqué»... J’ai toujours préféré la compagnie des garçons, je les trouvais plus directs et je préférais jouer aux kamikazes que sauter à l’élastique. A l’adolescence, je suis sortie avec des mecs, la société ne nous laisse pas trop le choix. Dans la même période, je me suis convertie au christianisme. Mes amis étaient tous de jeunes chrétiens, mais dans l’équipe une fille m’a plus attirée que les autres. Nous sommes devenues les meilleures amies du monde, elle m’a fait développer ma sensibilité, mon goût de la vie, bref elle m’a fait découvrir que j’étais une fille... Seulement, je suis tombée folle amoureuse d’elle, et nos routes se sont séparées...
  Un autre conflit est né car la religion et l’homosexualité ne font pas bon ménage. Pendant deux ans, je me suis battue contre mes sentiments envers les filles, des amis chrétiens ont voulu me «soigner», mais ce désir d’être avec une femme dominait, je n’arrivais pas à rester plus d’un mois avec un mec et chaque fois le combat revenait sur le tapis... Jusqu’au jour où j’ai pu discuter avec une copine de boulot qui m’a revélé être lesbienne... Enfin ! Je rencontrais quelqu’un qui ressentait les mêmes choses que moi... et qui le vivait très bien. Ce jour-là, j’ai tout lâché, fini ce combat qui me détruisait de l’intérieur. De discussions en discussions, j’ai accepté de vivre ma vie, mes sentiments... J’ai décidé de faire une différence entre la religion des Hommes et l’amour, la confiance que j’ai en Dieu. Je garderai toujours ma foi en Dieu bien que la religion n’accepte pas l’homosexualité.
  Après cela, je suis petit à petit rentrée dans le milieu... J’ai eu une première copine, sans le dire bien sûr à mes parents ni à mes amis, car j’avais peur de leur réaction. Puis le sujet est devenu moins tabou à mes yeux, j’ai pu en parler à mes amis, et ma mère l’a découvert. Nous en avons discuté ouvertement, je trouvais que la pilule était bien passée. Mais quelques semaines plus tard, elle m’a vue en train d’embrasser ma copine... Aïe !... Le choc. C’était comme si elle avait perdu sa petite fille. J’ai essayé de communiquer avec elle, mais ce fut impossible : pour toute réponse, je recevais un regard noir qui voulait tout dire.
Depuis quelques mois, la situation s’améliore, ma maman n’a pas encore totalement accepté mais j’ai confiance que le temps
arrangera bien les choses.