Peut-être Suis-Je Lesbienne...

«Quand je suis tombée amoureuse d’une femme, à 21 ans, j’ai refoulé mes sentiments. Pourtant il a bien fallu me rendre à l’évidence, et tout est devenu clair. Ce qu’il y avait de positif, c’est que j’avais l’impression qu’il m’arrivait quelque chose de spécial. Par contre, je dois avouer que j’avais très peur du qu’en dira-t-on, surtout de la part de ma mère.»
Ariane, 24 ans
Le lesbianisme est apparu sur terre sans doute en même tant que les femmes, car il s’agit d’une des manières de vivre sa sexualité. Au fil des siècles, ce potentiel a pu s’exprimer dans des conditions plus ou moins favorables. On ne peut pas oublier que, dans toute l’histoire de l’humanité, les femmes ont été très généralement «domestiquées» au profit des hommes et de la reproduction de l’espèce.

Mais qu’on se rassure, cela n’a pas empêché Sapho par exemple, même dans une société aussi misogyne que celle de la Grèce antique, de vivre et de chanter l’amour des femmes.

«Je pense qu’il serait important de briser certains stéréotypes dans l’éducation donnée aux enfants, et montrer qu’il existe d’autres alternatives au schéma patriarcal, à savoir des familles monoparentales et homosexuelles.»
Ariane, 24 ans

De nos jours, les lesbiennes du monde occidental vivent dans un contexte relativement favorable, ce qui les rend plus visibles, et fait qu’on les retrouve dans toutes les couches de la société, dans toutes les professions, dans toutes les religions. Oui, nous sommes partout!


Comment savoir si je suis lesbienne?

  «N’aimant pas les catégories, je ne me définis pas en tant que lesbienne. Je suis fière de pouvoir dire aux autres : ‘Je vis avec une femme’. Par contre, de dire que ‘je suis homo’ ne me correspond pas du tout.»
Ariane, 24 ans

 

  Les adolescentes ont souvent des passions amoureuses pour les filles de leur âge, qui peuvent aller jusqu’à des relations sexuelles. Il y a aussi souvent un moment où l’on a envie d’explorer tous les possibles, sans préjugés. De toute façon, aucune expérience sexuelle n’a le pouvoir de conditionner votre orientation sexuelle.
Quand on discute avec des lesbiennes, on se rend compte de la diversité des parcours. Certaines ont toujours «su» qu’elles étaient lesbiennes et n’ont eu des désirs et des rapports sexuels qu’avec des femmes. D’autres, au contraire, ont mené une vie hétérosexuelle classique pendant des années, jusqu’au jour où elles ont rencontré la femme qui a changé leur vie.

 

  «A 22 ans, je suis tombée amoureuse d’une femme et j’ai pris conscience de mon homosexualité. Je sortais d’une longue relation avec un homme et j’ai ressenti ce changement d’orientation comme un grand bouleversement, à la fois merveilleux, parce que j’étais amoureuse, mais aussi très angoissant parce que mon éducation ne m’y avait pas préparée.»
Geneviève, 27 ans

 

  La plupart des lesbiennes ont connu dans leur jeunesse des périodes de doutes et d’hésitations, sont passées de l’une à l’autre avant de faire un choix définitif, ou même de choisir de ne pas choisir. Dans les années 60, les études de Kinsey et de son équipe sur la sexualité humaine montrent qu’il n’y a pas vraiment de catégories tranchées, mais plutôt des tendances plus ou moins exclusives. Les gens qui tombent amoureux de personnes des deux sexes, constamment ou par phases, sont bisexuels, avec ou sans préférence pour l’un ou l’autre type de sentiments.
Même si la société vous incite toujours à penser que vous êtes fondamentalement hétérosexuelle, malgré des penchants homosexuels, vous seule pouvez savoir si, au plus profond de vous, vous êtes mieux avec une femme ou avec un homme, ce que vous ressentez intimement et comment vous avez envie de construire votre vie.

Si finalement je suis lesbienne, suis-je normale?

La norme, qu’est-ce que c’est ? Un ensemble de règles sociales, très variables selon la culture, le pays et l’époque où le hasard vous a fait naître. Rien de plus. Se situer en dehors des normes ne signifie pas pour autant qu’on est fondamentalement anormale.
Le lesbianisme n’est pas une maladie. C’est une possibilité parmi d’autres, offerte par la nature, de vivre sa vie de femme. Notre corps ne nous a pas été fourni avec un mode d’emploi, contrairement à ce que certains tentent de nous faire croire. Le fait qu’une relation sexuelle entre deux femmes ne permette pas, par exemple, de concevoir un enfant ne signifie pas qu’elle est contraire à la nature. Sinon, la sexualité ne devrait plus être possible après la ménopause!

«J’ai imposé mon mode de vie à mes parents. Pour ma mère, ce qui compte, c’est que je sois heureuse, même si elle pense que c’est une solution de facilité. J’en ai aussi parlé à des amis proches, mais je n’en fais pas étalage.»
Carol, 33 ans